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Peut on changer ?

La crise sanitaire qui secoue la planète nous adresse un message clair : la survie passe par la capacité à modifier nos habitudes. Mais comment obtenir un changement comportemental de la part du plus grand nombre ?
 
Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, des mesures de confinement strictes ont contraint les citoyens à vivre différemment et changer nos habitudes : manière de consommer, de nous alimenter, de nous occuper, de travailler et surtout de nous déplacer. Et bientôt, le déconfinement où il va falloir encore s’adapter à de nouvelles contraintes.
Alors, pourquoi est-ce si difficile de faire évoluer nos comportements ? Comment s’y prendre pour amorcer la vraie mutation en soi et chez les autres ?
 
L’action la plus évidente pour initier au changement comportemental passe d’ordinaire par l’information. On s’attend à ce que les personnes comprennent les raisons de ces adaptations si ce n’est la nécessité, pour le moins les tenants et aboutissants.  Or ce premier pas est suffisant pour convaincre une part de la population mais cela est loin de la majorité. Les images du mois de mars ou des centaines de personnes dans les parcs à Paris ou sur les bords de Seine en sont la preuve.
 
Ces attitudes découlent d’un fonctionnent particulier de la pensée, qui se nomme les biais cognitifs ou la réduction de la dissonance cognitive. Ainsi, la pensée se trouve altérée, chacun y va de ses propres justifications ou pseudo arguments pour se convaincre soi-même en dépit des informations officielles. Donc comprendre ne suffit de loin pas toujours pour induire le changement, l’intelligence faisant bouclier en servant à justifier nos habitudes plutôt que de nous motiver à les modifier.
 
Alors il y a aussi un autre moyen d’intervenir : solliciter le circuit de la récompense ou l’axe du stress. En effet, toute conduite produisant un effet positif a toutes ces chances de perdurer et de se renforcer. On ne modifie pas un comportement où les bénéfices immédiats d’un agissement surpassent ses désagréments.
 
Connaître les conséquences déplaisantes d’une action peut suffire, à condition toutefois que celles-ci surviennent réellement en cas de passage à l’acte. Le changement de comportement a toutes les chances de survenir dès lors que l’on est confronté aux conséquences de nos actions, réelles ou anticipées. C’est à cette fin que les règles et les injonctions jouent un rôle essentiel, en avertissant les personnes des conséquences auxquelles elles s’exposent. Si par contre ces répercussions ne se manifestent pas dans la réalité, ces prescriptions deviennent caduques.
 
Dans la crise liée au coronavirus, la pression des autorités et la gravité des conséquences en cas de non-coopération n’ont pas eu raison de toutes les réticences. C’est alors que des mesures d’amendes ont été instaurées, qui en fait, sont bien plus faibles que celles d’être atteint de la maladie mais les désagréments à court terme étant visibles, elles ont leur efficacité.
 
C’est pourquoi la responsabilisation constitue un excellent outil de changement. La cohérence est primordiale : ce qui est annoncé doit arriver. La pénalisation de certains comportements participe de ce processus de même que les interdictions en tout genre.
 
Il ne faut pas faire l’erreur de croire qu’il suffit de comprendre les raisons d’un changement pour qu’il soit mis en œuvre. Nous avons une formidable propension à justifier nos agissements pour sauvegarder une belle image de nous-même. Et nous rechignons à penser que les règles et les sanctions sont nécessaires.
 
Christian RICHOMME